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dimanche 7 juin 2015

LE PAYSAGE-MOUVEMENT / Jean-Christophe Bailly

Publication 
LE PAYSAGE-MOUVEMENT 
Jean-Christophe Bailly  

"Indexé aux régimes fixes de l’image ou du relevé, le paysage s’en exile pourtant continûment, que ce soit par son propre devenir ou par l’expérience que l’on fait de lui aussitôt que l’on s’y déplace, quel que soit dès lors le moyen employé. 
C’est ce paysage-mouvement, c’est la disposition du paysage au mouvement qui sont ici explorés, et par les voies les plus diverses : le vent, un canal, les premiers chemins de la Gaule, un projet futuriste abandonné, le cinéma, la ville de Detroit, une petite gare et deux plus grandes, et même le métro : il était fatal que ce n° 13 soit lui-même un voyage zigzagant."



LES FUGITIVES / DETROIT ©Marie Combes



Au sommaire de ce numéro 13 :
Marc Claramunt, Pierre Nouvel,
Claude Eveno, Michel Bousquet,
Romain Vallengelier, Alexandre Libersart, Julie-Amadea Pluriel, Sabine Bouché-Pillon, Alexandre Chemetoff, Marie Combes,
Anaïs Ancellin, Hermine de Chavannes, Antoine Feldman, Charlotte Kende,
Albane Poirier-Clerc & Bruno Ricard, Alain Bublex, Emmanuel Burdeau,
Juliette Kahane





LE PAYSAGE-MOUVEMENT 
Jean-Christophe Bailly
Extrait Publication mai 2015
LES FUGITIVES / DETROIT ©Marie Combes 


mardi 26 mai 2015

LE PAYSAGE-MOUVEMENT

LES CAHIERS DE L'ÉCOLE DE BLOIS #13 
LE PAYSAGE-MOUVEMENT avec Jean-Christophe BAILLY

LANCEMENT / RENCONTRE  
Jeudi 28 mai
http://www.librairievolume.fr/ 

Le concept d’image-mouvement inventé par Gilles Deleuze s’est aujourd’hui complètement imposé et il est pratiquement impossible d’envisager un plan de cinéma sans penser à lui. Il va de soi que le titre que nous proposons pour ce n° 13 des Cahiers de l’École de Blois – le paysage-mouvement – en dérive directement. On le sait, l’origine même du mot paysage indexe son référent à un régime de vue qui est celui du tableau et de l’immobilité : infinis ont été les effets de cette assignation du paysage à résider dans la forme à l’arrêt qu’indiquait son nom. Pourtant, et on devrait le savoir aussi ou l’avoir continûment à l’esprit, le paysage à l’arrêt n’existe pas comme tel – il n’existe et se transmet que par des images, celles-ci pouvant au demeurant être extraordinaires et puissamment suggestives. Mais cette spatialité du paysage que peintures, photographies et instants contemplatifs donnent à voir est elle-même emportée dans le temps : le paysage en effet change continûment, et il le fait de deux manières. Tout d’abord en évoluant sans fin – même ce qui nous semble pérenne est, à une échelle plus grande, le théâtre d’une série de métamorphoses enchevêtrées formant un continuum qui est à la fois le film de la natura naturans et celui, produit par les hommes, de l’anthropisation de la planète, aujourd’hui accélérée dans des proportions affolantes. Mais le paysage change aussi constamment sous nos yeux parce que nous nous y déplaçons et parce qu’il y a, inscrite dans la chair du territoire, une écriture visible de ces déplacements. La carte et le territoire sont d’abord des réseaux où nos déplacements passés, présents ou à venir ont laissé des marques, contrairement aux animaux, dont les sillages s’effacent vite.

Jean-Christophe BAILLY
au sommaire de ce numéro 13 :
Marc Claramunt, Pierre Nouvel, Claude Eveno, Michel Bousquet, Romain Vallengelier, Alexandre Libersart, Julie-Amadea Pluriel, Sabine Bouché-Pillon, Alexandre Chemetoff, Marie Combes, Anaïs Ancellin, Hermine de Chavannes, Antoine Feldman, Charlotte Kende, Albane Poirier-Clerc & Bruno Ricard, Alain Bublex, Emmanuel Burdeau, Juliette Kahane

dimanche 8 août 2010

Fragment indéterminé, fragment indéfini

 (…) L’intervalle ne se définit pas seulement par la spécialisation de ces deux faces-limites, perceptive et active. Il y a l’entre-deux. L’affection, c’est ce qui occupe l’intervalle, ce qui l’occupe sans le remplir ni le combler. Elle surgit dans le centre d’indétermination, c’est-à-dire dans le sujet, entre une perception troublante à certains égards et une action hésitante. Elle est donc coïncidence du sujet et de l’objet, ou la façon dont le sujet se perçoit lui-même, ou plutôt s'éprouve et se ressent "du dedans".
L'image mouvement. Gilles Deleuze

L’objet, de ce travail en diptyque sur les lieux, est une relation entretenue avec l’intervalle, bande noire qui divise deux photographies sur un film, et qui parfois suture des fragments d’espace et de temps dans la succession des images. L’enchaînement de deux images avec l’intervalle noir est un espace visuel de reconstruction entre l'intériorité et l'extériorité. 
Ce concept de réappropriation architecturale est là pour poser une alternative face aux logiques et aux processus de dépossession. J'ai toujours rêvé de maisons, de ruines, de déplacements dans des architectures complexes, de lieux cachés et de leurs mises en abîme. En rapport avec l'expérience du morcellement, il est aussi une reconquête, son montage intime et fictionnel.
Pourquoi suis-je plus touchée par les traces, les fragments, par tout ce qui est indéterminé, indéfini ? Mes perceptions à la découverte des vestiges sont sensibles aux dépouillements que les atteintes du temps donnent à ces lieux. Ces architectures témoins d'un mythe urbain créent autre chose, une présence infinie du temps.
Il y a dans cette confrontation aux émotions collision avec l'intériorité. Ce processus de déconstruction reconstruction opère une métamorphose complice, dans laquelle je retrouve la vie, sans savoir ni pourquoi ni comment ? Peut-être le sentiment d'une persévérance pour exister.


fragment indéterminé, fragment indéfini , 43°17'1.36"N  | 5°18'34.60"E , Marie Combes 2010

mardi 20 juillet 2010

Résonance...

"Mais l'intervalle ne se définit pas seulement par la spécialisation de ces deux faces-limites, perceptive et active. Il y a l'entre-deux. L'affection, c'est ce qui occupe l'intervalle, ce qui l'occupe sans le remplir ni le combler. Elle surgit dans le centre d'indétermination, c'est à dire dans le sujet, entre une perception troublante à certains égards et une action hésitante. Elle est donc coïncidence du sujet et de l'objet, ou la façon dont le sujet se perçoit lui-même, ou plutôt s'éprouve et se ressent " du dedans "."
Gilles Deleuze
L'image mouvement

dimanche 21 mars 2010

" Voir/Parler "

Extrait de la conférence
" Qu’est-ce que l’acte de création ?
" Gilles Deleuze

"Cadavre"
" Ou bien je parlerai de, autre exemple, idée proprement cinématographique, de la fameuse dissociation Voir/Parler dans un cinéma relativement récent. Que se soit, alors là aussi, je prends les cas les plus connus, que se soit Syberberg, que se soit les Straub, que se soit Marguerite Duras, qu’est-ce qu’il y a de commun ? Voyez, en quoi c’est proprement cinématographique, ça c’est une idée cinématographique. Faire une disjonction du visuel et du sonore, c’est heu… pourquoi ca ne peut pas se faire au théâtre, pourquoi ? Ca peut se faire, mais appliqué alors là si cela se fait au théâtre, sauf exception, à moins que le théâtre ait les moyens de le faire, on pourra dire que le théâtre l’a appliqué du cinéma. Ce qui n’est pas mal, forcement. Mais c’est une idée tellement cinématographique d’assurer la disjonction du voir et du (sonore) et du parler. Du visuel et du sonore. Ca c’est … ça répondrait à l’idée : qu’est-ce que, par exemple, avoir une idée cinématographique ? Et tout le monde sait en quoi ça consiste, je le dis à ma manière pour, une voix parle de quelque chose, en même temps, donc, on parle de quelque chose, en même temps on nous fait voir autre chose, et enfin, ce dont on nous parle est sous ce qu’on nous fait voir. C’est très important ça, ce troisième point. Vous sentez bien que c’est là que le théâtre ne pourrait pas suivre. Le théâtre pourrait assumer les deux premières propositions. On nous parle de quelque chose et on nous fait voir autre chose. Mais que ce dont on nous parle en même temps se mette sous ce qu’on nous fait voir - et c’est nécessaire, sinon les deux premières opérations, elles n’auraient aucun sens , elles n’auraient guère d’intérêt - si vous préférez, on peut dire, alors en termes plus…, la parole s’élève dans l’air, la parole s’élève dans l’air en même temps que la terre qu’on voit, elle s’enfonce de plus en plus, ou plutôt en même temps que ce dont cette parole qui s’élève dans l’air nous parlait, cela dont elle nous parlait s’enfonce sous la terre.
Qu’est-ce que c’est que ça ? Si il n’y a que le cinéma qui puisse faire ça. Je ne dis pas qu’il doive le faire, hein, qu’il l’ait fait deux ou trois fois, je peux dire simplement, c’étaient de grands cinéastes qui ont eu cette idée. Il ne s’agit pas de dire c’est cela qu’il faut faire ou pas faire, hein. Il faut avoir des idées, quelles qu’ elles soient . Ah !, ça c’est une idée cinématographique, je dis que c’est prodigieux, parce que ça assure au niveau du cinéma une véritable transformation des éléments. Un cycle des grands éléments qui fait que, du coup, le cinéma fait un grand écho avec, je ne sais pas, avec une physique qualitative des éléments. Ca fait une espèce de transformation, l’air, la terre et l’eau le feu, parce qu’il faudrait ajouter, j’ai, on n’a pas le temps, évidemment, on découvrirait le rôle des deux autres éléments, une grande circulation des éléments dans le cinéma. Une grande circulation des éléments dans le cinéma. Dans tout ce que je dis, en plus, ça ne supprime pas une histoire, hein, l’histoire est toujours là, mais ce qui nous intéresse, c’est pourquoi l’histoire est-elle tellement intéressante ? Sinon pourquoi il y a tout ça derrière et avec. C’est tout à fait ce cycle, tel que je viens de le définir si rapidement, la voix s’élève en même temps que ce dont parle la voix s’enfonce sous la terre, vous avez reconnu la plupart des films de Straub, et c’est le grand cycle des éléments chez les Straub. Ce qu’on voit, c’est uniquement la terre déserte, mais cette terre déserte, elle est comme lourde de ce qu’il y a en dessous, et vous me direz “ mais ce qu’il y a en dessous, qu’est-ce qu’on en sait ?“ Ben, c’est justement ce dont la voix nous parle. et c’est comme si la terre, là, se gondolait de ce que la voix nous dit, et qui vient prendre place sous la terre, à son heure et en son lieu. Et si la terre et si la voix nous parle de cadavres, c’est toute la lignée des cadavres qui vient prendre place sous la terre, si bien qu’à ce moment là, le moindre frémissement de vent sur la terre déserte, sur l’espace vide que vous avez sous les yeux, le moindre creux dans cette terre, tout cela prend sens."

Conférence de Gilles Deleuze donnée dans le cadre des mardis de la fondation Femis - 17/05/1987