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mardi 7 novembre 2017

Contribution "REVUE&CORRIGÉE"

Contribution "REVUE&CORRIGÉE"
Surface écrite des pratiques sonores expérimentales
Carte Blanche Combes&Renaud 2017
Contribution Couverture et Portfolio

Publication septembre 2017

Numéro 113
Couverture
Série "SÉRIE TEMPORELLE"
 

Photography Marie Combes
A series in time. Settle in the deepest folds of being, in the subtle sculpture of what may be, and leave to thought its immobile fiction.
www.combesrenaud.com

Photographies Marie Combes
Une série dans le temps.
Habiter le plus profond repli, le modelé des possibles et laisser à la pensée une fiction stationnaire

lien http://combesrenaud.blogspot.fr/

mercredi 7 décembre 2016

Exposition / Les bords du paysages: itinérances et sédiments

Les bords du paysage: itinérances et sédiments


exposition du 9.11.2016 au 11.12.2016
PHOTOGRAPHIES

Itinérances métropolitaines / MARIE COMBES

Ce travail d’images est l’exploration d’un territoire nommé indistinctement « la banlieue », territoire flouté pour le rendre anonyme, hachuré par les infrastructures de production, mité par des interstices délaissés.
Ce travail photographique est ainsi un voyage, il ausculte ces paysages urbains au gré de déplacements en train. Le monde qui défile dans le cadre de cette fenêtre exerce sur moi une fascination. J’ai commencé ce travail en hiver ; émerge une étrange beauté dans cette approche, l’éloge en grisaille de la lumière en île de France. Le spectacle que donne le paysage est aussi lié aux vibrations et aux bruits ressentis par le corps en mouvement. Le regard rivé, je tente alors dans ce déplacement de saisir des fragments de la ville et du territoire.
Une expérience immersive dans un paysage en mouvement 
Le paysage a trois dimensions, l’une est l’espace réel, l’autre l’espace perçu dans ce temps du voyage, la troisième est le déplacement même du train. Un horizon travaille ces photographies, sous une certaine lumière la chose qui trouble va-t-elle ressembler à quelque chose, faire éprouver cette expérience immersive ?
Parcours intime dans le réel, le déroulement du paysage observé pendant les déplacements, familier des franciliens, montre dans l’extension de l’urbanisme la mosaïque des constructions, la diversité et la singularité architecturale de l’habitat, la beauté troublante des bâtiments en friche, des espaces déserts, la fragilité de l’environnement.
Chacun garde en soi le souvenir d’un point de vue inoubliable, je pense ici à des paysages plus petits, plus fugitifs, alternative temporelle à la représentation de la banlieue, confrontation sensible à la lumière et au paysage, à l’urbanisme, à l’espace et au temps. Dans le désir de regarder le paysage, il y a la rencontre de soi et des autres. Cette physionomie du paysage urbain souligne ainsi la précarité et l’éphémère de l’homme. Dans la quête des multiples formes la vision vacille sans interruption, ces captures visuelles seraient l’image d’un monde nomade en perpétuelle mobilité. 

Marie Combes

Itinérances métropolitaines ©Marie Combes, tirage format 30x40cm

 
Sédiments / PATRICK RENAUD
Photographies 2014

 « Cet espace, qui n’apporte par lui-même ni rien de sensible ni aucune séduction, est le lieu nécessaire pour que s’y manifestent les forces des formes. Celles-ci nous le font éprouver mais d’abord elles lui appartiennent »
J.C. Lemagny. « Silence de la photographie ». Ed. L'Harmattan
Très rapidement, la photographie s’est imposée comme le médium le plus adapté à la représentation du réel et de l’objectivité. Certaines théories prétendent qu’elle a libéré la peinture. Assignée un temps à représenter, cette dernière pu aller vers l’abstraction ou d’autres inventions visuelles. Je suis sceptique sur cet enchaînement chronologique. Mon sentiment est que les choses se passent « entre », dans des écarts, entre des éléments pleins, matures, et d’autres éléments vides ou encore peu développés. Ces espaces souvent m’échappent, je ne les vois pas nécessairement mais ils permettent d’éprouver d’autres formes. La photographie s’est ainsi glissée entre la peinture et la lithographie, elle a cherché dans le Pictorialisme un geste, dans les clichés sur verre des liens entre gravure et procédé photographique. Parfois en imitant, elle a su développer ses spécificités et ses formes pour inventer sa place.
Avec « sédiments » j’ai repris des négatifs de petites installations réalisées en studio dans les années 90. Empilés les uns sur les autres avec plus ou moins de transparence, en négatif ou positif, à l’endroit ou à l’envers ils semblent proposer dans cet assemblage une image de paysage. Pourtant rien dans chaque négatif n’a de lien par ses formes et ses matières avec du paysage.
Dans ce feuilletage disparaît « l’instant décisif » si fondateur dans l’histoire de la photographie. Disparaît aussi la perspective classique bien qu’il y ait du « loin » et du « près ». Il ne reste juste qu’une image composée d’images. Avoir des réponses là où il n’y avait pas de questions.

P.R. décembre 2016 

Sédiments ©Patrick Renaud, tirage format 30x40cm
 



lundi 28 novembre 2016

Les bords du paysage: itinérances et sédiments

Nous proposons pendant trois jours un accrochage éphémère 
et un premier regard sur l’exposition photographique
 

Les bords du paysage: itinérances et sédiments
PHOTOGRAPHIES
Itinérances métropolitaines / MARIE COMBES
Sédiments / PATRICK RENAUD

Exposition du 09.12.2016 au 11.12. 2016

Vernissage le vendredi 09 décembre 2016, à partir de 18h
 

Ouverture le samedi 10 et le dimanche 11 décembre de 14h à 20h
L’ATELIER /// 15 rue Jules Ferry, 93170 Bagnolet
Ligne 9, station de métro Robespierre 

Marie Combes, Patrick Renaud
www.combesrenaud.com 

https://twitter.com/combesrenaud
https://www.facebook.com/CombesRenaud






jeudi 24 mars 2016

LES FUGITIVES / DETROIT chez VOLUME

LES FUGITIVES / DETROIT Photographies Marie Combes

L'exposition chez Volume est prolongée jusqu'au 30 mars 2016


Les Fugitives / Detroit. Faire un pas, puis un autre.
J’ai abordé chaque jour l’espace urbain de Detroit en marchant. Je n’imaginais pas vivre autrement cette expérience. J’avais besoin pour la découvrir, d’arpenter cette ville, pour la comprendre, pour la sentir, de me fondre en elle. La marche et l’image étaient une dynamique. Marie Combes, june 19 th, 2014

FUGITIVES / DETROIT 
One step , and then an another...
Faire un pas , puis un autre  
Livre d'artiste, photographies, notes Marie Combes
Préface Anya Sirota
édition à 75 exemplaires, bilingue, numérotée, signée 
en vente à la librairie Volume

"Marie Combes nous invite à rentrer dans l’intimité de son expérience, à renouveler nos perceptions, à nous ouvrir au plaisir d’un regard intuitif sans limites, et sans repères. Elle le fait en rendant l’image doucement désincarnée et construite par l’intérieur : flottant au dessus ou en dessous de l’attente, couplée dans une série de diptyques d’un autre monde, installée dans l’interstice précaire entre le construit et le bourgeonnant. Il y a des plissements et des hiatus  dans cette étrange restitution du paysage hybride comme itinérance visuelle, qui offre à l’observateur une poétique multiplicité d’issues possibles, dans un terrain redevenu vierge."      
Extrait préface / Anya Sirota

VOLUME
47, rue Notre Dame de Nazareth,
75003 Paris
du mardi au samedi de 11h00 à 20h00
from tuesday to saturday
from 11.00(am) to 8.00(pm)

téléphone : +33 (0)1 85 08 02 86
contact@librairievolume.fr

métro: République, Temple, Arts et Métiers, Strasbourg St Denis

vendredi 26 février 2016

Les Fugitives/ Detroit à la librairie VOLUME

Exposition du 3 au 23 mars 2016
Les Fugitives/ Detroit  
photographies Marie Combes

édition à 75 exemplaires d’un livre d’artiste, numéroté
fugitives/detroit
one step,and then another...

faire un pas,puis un autre.
 

vernissage jeudi 3 mars à partir de 19h30
VOLUME 47, rue Notre Dame de Nazareth, 75003 Paris
 

ouverture du mardi au samedi de 11h00 à 20h00
from tuesday to saturday from 11.00(am) to 8.00(pm)

téléphone +33 (0)1 85 08 02 86
contact@librairievolume.fr
 

métro: République, Temple,
Arts et Métiers, Strasbourg St Denis



dimanche 7 juin 2015

LE PAYSAGE-MOUVEMENT / Jean-Christophe Bailly

Publication 
LE PAYSAGE-MOUVEMENT 
Jean-Christophe Bailly  

"Indexé aux régimes fixes de l’image ou du relevé, le paysage s’en exile pourtant continûment, que ce soit par son propre devenir ou par l’expérience que l’on fait de lui aussitôt que l’on s’y déplace, quel que soit dès lors le moyen employé. 
C’est ce paysage-mouvement, c’est la disposition du paysage au mouvement qui sont ici explorés, et par les voies les plus diverses : le vent, un canal, les premiers chemins de la Gaule, un projet futuriste abandonné, le cinéma, la ville de Detroit, une petite gare et deux plus grandes, et même le métro : il était fatal que ce n° 13 soit lui-même un voyage zigzagant."



LES FUGITIVES / DETROIT ©Marie Combes



Au sommaire de ce numéro 13 :
Marc Claramunt, Pierre Nouvel,
Claude Eveno, Michel Bousquet,
Romain Vallengelier, Alexandre Libersart, Julie-Amadea Pluriel, Sabine Bouché-Pillon, Alexandre Chemetoff, Marie Combes,
Anaïs Ancellin, Hermine de Chavannes, Antoine Feldman, Charlotte Kende,
Albane Poirier-Clerc & Bruno Ricard, Alain Bublex, Emmanuel Burdeau,
Juliette Kahane





LE PAYSAGE-MOUVEMENT 
Jean-Christophe Bailly
Extrait Publication mai 2015
LES FUGITIVES / DETROIT ©Marie Combes 


mardi 26 mai 2015

LE PAYSAGE-MOUVEMENT

LES CAHIERS DE L'ÉCOLE DE BLOIS #13 
LE PAYSAGE-MOUVEMENT avec Jean-Christophe BAILLY

LANCEMENT / RENCONTRE  
Jeudi 28 mai
http://www.librairievolume.fr/ 

Le concept d’image-mouvement inventé par Gilles Deleuze s’est aujourd’hui complètement imposé et il est pratiquement impossible d’envisager un plan de cinéma sans penser à lui. Il va de soi que le titre que nous proposons pour ce n° 13 des Cahiers de l’École de Blois – le paysage-mouvement – en dérive directement. On le sait, l’origine même du mot paysage indexe son référent à un régime de vue qui est celui du tableau et de l’immobilité : infinis ont été les effets de cette assignation du paysage à résider dans la forme à l’arrêt qu’indiquait son nom. Pourtant, et on devrait le savoir aussi ou l’avoir continûment à l’esprit, le paysage à l’arrêt n’existe pas comme tel – il n’existe et se transmet que par des images, celles-ci pouvant au demeurant être extraordinaires et puissamment suggestives. Mais cette spatialité du paysage que peintures, photographies et instants contemplatifs donnent à voir est elle-même emportée dans le temps : le paysage en effet change continûment, et il le fait de deux manières. Tout d’abord en évoluant sans fin – même ce qui nous semble pérenne est, à une échelle plus grande, le théâtre d’une série de métamorphoses enchevêtrées formant un continuum qui est à la fois le film de la natura naturans et celui, produit par les hommes, de l’anthropisation de la planète, aujourd’hui accélérée dans des proportions affolantes. Mais le paysage change aussi constamment sous nos yeux parce que nous nous y déplaçons et parce qu’il y a, inscrite dans la chair du territoire, une écriture visible de ces déplacements. La carte et le territoire sont d’abord des réseaux où nos déplacements passés, présents ou à venir ont laissé des marques, contrairement aux animaux, dont les sillages s’effacent vite.

Jean-Christophe BAILLY
au sommaire de ce numéro 13 :
Marc Claramunt, Pierre Nouvel, Claude Eveno, Michel Bousquet, Romain Vallengelier, Alexandre Libersart, Julie-Amadea Pluriel, Sabine Bouché-Pillon, Alexandre Chemetoff, Marie Combes, Anaïs Ancellin, Hermine de Chavannes, Antoine Feldman, Charlotte Kende, Albane Poirier-Clerc & Bruno Ricard, Alain Bublex, Emmanuel Burdeau, Juliette Kahane

samedi 3 janvier 2015

..une autre oscillation.. / photographies




L'exposition ".. une autre oscillation.."
est prolongée jusqu'au 4 janvier 2015 sur rendez vous
Contact +33(0)619 273 785

L'atelier // 15 rue Jules Ferry // 93170 // Bagnolet
Métro ligne 9 // Station Robespierre - sortie rue de Paris

Les Images englouties / Marie Combes
Série temporelle. Habiter le plus profond repli, le modelé des possibles, et laisser à la pensée une fiction stationnaire. Je suis dans un voyage qui ne peut se poser, il s’épuise. Défaire et refaire le matériau photographique, ce fil singulier et charnel s’entrecroise. Dans l’affectivité recommencer, encore, recommencer autrement l’énonciation de la transition, du passage, dans le désir de toucher.
août 2014



Vibrations I / Patrick Renaud
Arrêter, figer, décourager le mouvement. Bien sûr il faut conclure. Ancrer la photo aux croyances mais elle pourrait être au lieu d’une fraction de temps un développement, un feuilletage de possibles, de choses faites ratées ou pas. Ainsi les négatifs s’entremêlent et découvrent ce qui n'est pas. Est-ce encore du paysage ? Est-ce encore une image ?
décembre 2014


exposition // .. une autre oscillation .. // Marie Combes // Patrick Renaud




lundi 7 avril 2014

Entretien avec Patrick Renaud par Chloé Dragna

BALLADS 
Représentations vidéographiques du paysage

Entretien avec Patrick Renaud :
photographies & vidéos.

Comment le paysage est-il entré dans vos images ? Etait-il dès le départ l'objet de votre travail, ou bien y êtes-vous venu par le prisme d'un autre sujet ?
J’avais pratiqué le dessin de paysage, peut-être par réceptivité aux impressionnistes. Le paysage était une impression globale, une totalité déposée sur la terre que je pouvais à mon tour déposer sur le papier. Le paysage n’avait pas de limites, juste des lointains, c’est ce que je préférais, jusqu’où mon regard pouvait aller, dessiner l’horizon de manière imprécise sachant qu’ensuite derrière cette ligne ça continuait. Plus tard, j’ai commencé à photographier peut-être plus la campagne que le paysage, pour les lumières, les atmosphères. Avec l’appareil photo il fallait s’occuper du cadre c’est à dire exclure pour voir ce qui reste. J’étais assez désorienté et pas très doué.

Vous pratiquez la photographie à la chambre. Vous cosignez certains travaux vidéos et sténopés sur Polaroids avec Marie Combes. Quels paysages appellent l'un ou l'autre et pourquoi ? Certains paysages sont-ils pensés en mouvement et d'autres figés ? Certains paysages s'imposent-ils en couleur ou noir et blanc ?
Vous avez raison, ce sont les paysages qui demandent. J’ai utilisé la chambre pour m’éloigner de la spontanéité du 24x36. De cette culture de « l’instant décisif » qui m’avait formé. C’est assez paradoxal car je travaillais dans les sous-bois sur le « fouillis » végétal. Utiliser une chambre photographique demande un peu de recueillement, anticiper sa place, le cadrage, des manipulations etc. Elle ne facilite pas les déplacements. Autour de moi j’entendais les sons, je percevais les frémissements de la nature, l’urgence du vivant. Je sentais que tout ce monde végétal, animal et moi nous étions à nos occupations mais pas dans la même temporalité. N’étant pas coloriste, quand je pense image, c’est en noir et blanc. Mais cela dépend comment la photo est envisagée. Le noir et blanc propose une dissemblance peut-être plus fertile à l’imaginaire, plus intemporelle. Alors que la couleur ajoute d’autres codes. En 2007 avec Marie Combes nous souhaitions explorer le médium photographique, plus peut-être que l’image... Nous avons travaillé avec la chambre en sténopé et sur Polaroïds. C’était très curieux là encore avec ces questions de distance (comme lorsqu’on voit un paysage derrière un pare brise, on s’arrête, on sort et l’impression visuelle a disparu). La spécificité du sténopé ne permet pas d’organiser les nappes de l’image ni de savoir quelles couleurs nous allions obtenir avec un temps de pose aléatoire, notre position par rapport au soleil et la chimie des Polaroïds. Mais surtout c’est le temps de pose, de dix secondes à quelques minutes pour obtenir une photographie qui nous a troublé, de le vivre physiquement, de savoir que pendant ce temps une image se constituait presque sans notre intervention. C’est vraiment intrinsèque à la photographie de signifier du temps au delà de ce qui est montré. 

Votre travail sur le paysage appelle une certaine réflexion sur le temps. Dans vos sténopés et vos vidéos c'est un déploiement du paysage. Pour Montromant, vous avez filmé pendant plus de 3 heures les changements de lumières infimes. Quelle expérience du temps, vous donne à voir un paysage ?
C’est très complexe la façon de regarder un paysage. L’œil va chercher au loin, puis s’attarde sur des zones, s’éloigne à nouveau, flotte sur des éléments. C’est ce mouvement entre l’œil et le cerveau qui dans ces écarts permet de constituer un paysage. Après l’expérience des sténopés, nous souhaitions avec Marie voir le rapport entre le temps et la durée. Techniquement « Montromant » est une séquence photographique de trois heures, durant laquelle nous prenions une photo à intervalles irréguliers. Ces images numériques montées en fondus enchaînés, donnent une projection du paysage qui dure treize minutes ou les variations de lumières ont une durée « crédible » pour l’œil alors que le temps a été compressé. Dans le fondu enchaîné c’est apparition/disparition, l’effacement d’une image pour la suivante. Effectivement c’est une façon pour le paysage de sortir de ses plis par proximité avec la contemplation, être et ne plus être là.

Vos travaux récents portent sur les sols. Paysages & sols sont très liés. Comment ce passage s'est-il fait ? Quelle matière y trouvez-vous ? Quelle mémoire du paysage s'inscrit dans les sols ?
Il paraît que dans une image il y a souvent la suivante, et je crois qu’au-delà du sujet comme prétexte, le rôle de l’artiste et de faire apparaître quelque chose qu’il ignore qui appartient au médium, aux formes, aux lumières. La série sur les sols en noir et blanc évacue le lointain pour tenter de trouver du paysage à une autre échelle et distance. Là aussi je travaille en diptyque peut-être pour sentir qu’il ne s’agit que de fragments, que l’ensemble est faux avec ses deux perspectives. Parfois il y a un « mauvais raccord », c’est à dire une répétition d’une partie de la photo à l’autre, deux détails identiques et pourtant dans un autre moment quelques secondes avant ou après. C’est très précieux ces accidents, ces choses qui arrivent par hasard. Il y a eu aussi l’apparition d’une certaine frontalité, avec l’image. J’ai tenté de développer cela en photographiant les sols vus de dessus. Mais ça ne fonctionnait pas en noir et blanc, j’ai donc travaillé en couleur par défaut, et pour la première fois peut-être je cherchais les couleurs. Les sols sont la mémoire vivante des lieux. Ils sont dépositaires du temps, de nos activités, de traces, ils bougent se déforment, de nouveaux sédiments se déposent. Une machine vient les retourner, plaquer une couche de bitume, des choses ont disparues, on a oublié, à nouveaux ça recommence. Les sols sont comme une pellicule qui enregistre en permanence les empreintes, les changements de lumière.

Vous vous êtes intéressé à la notion de ruines dans le paysage. Notamment dans les paysages ruraux. D'où vient cet intérêt ? Est-ce là aussi votre intérêt pour le temps qui se déploie ?
J’aurai beaucoup de mal à répondre. Ce projet avec Marie était trop ambitieux pour nous. Nous pensions tenir un sujet qui irait plus loin que le « Ruinisme » de mode avec cette esthétisation de la ruine industrielle. Nous avions ce texte magnifique, émouvant de Diderot sur ses sentiments que lui évoquent les ruines. Voilà, un ratage complet. Je pense que nous n’avons pas laissé assez de hasard, d’ouvertures, de vouloir maîtriser, de vouloir aussi illustrer le texte et voilà, trop de « vouloir ».

Pour finir, j'aimerai qu'on aborde la question du contemporain dans le paysage. Vous connaissez la citation suivante d'Agamben « Contemporain est celui qui reçoit en plein visage le faisceau des ténèbres qui provient de son temps. » Quel contemporain voyez- vous dans les paysages que vous photographiez ou filmez ?
La création vidéo est je crois actuellement plus exploratrice, moins embarrassée des contraintes du marché de l’art que la photographie. Elle crée un langage différent du cinéma, notamment avec le temps. Avec son espace aussi qui apparaît moins à l’intérieur du cadre mais déborde de l’écran. Une caméra vidéo ça s’installe n’importe où et quand elle est placée sur le corps, elle en devient le prolongement. Là c’est passionnant car cela modifie la vision du spectateur et sa temporalité. Il n’est plus assigné à cette place installée avec la perspective depuis la Renaissance. Il me semble qu’être contemporain ce n’est pas photographier ou filmer notre présent c’est voir les liens entre présent et passé, être une transition, devenir un pont mais un pont qui se ferait et déferait en même temps sans savoir où est l’autre rive.
   Entretien réalisé le 26.03.2014
par Chloé Dragna.
BALLADS
A videographic vision of landscape

An interview with Patrick Renaud :
photographs & videos.

How did the landscape enter your image world ? Was it from the start the object of your work, or were you diverted to it from some other subject?
I had, long ago, done a lot of landscape drawing, maybe because I was very receptive to the impressionists. The landscape was, indeed, a global impression. A whole deposited on the earth that I, in turn, could deposit on paper. The landscape had no limits, only a distance, and that was what I preferred. I liked to represent how far my eyes could see, to draw a fuzzy horizon, knowing that beyond that uncertain line things went on. Later, I began to take photographs, maybe more on the countryside than of the landscape, for its light, for its atmosphere. With the camera I had to cope with the frame, I had to exclude, to see what remained. I was rather puzzled, and not very gifted.

You mostly use dark chamber photography. You have cosigned some video and pinhole-camera work on Polaroid with Marie Combes. What landscapes call for one or the other technique, and why ? Are some landscapes imagined moving, and others frozen still? Are some landscapes by essence in colour and others in black and white?
You are right, the landscapes do the asking. I adopted the dark chamber to get away from the spontaneity of the 24x36 camera. To escape from the « decisive moment » culture I was trained into. This is quite paradoxical, as I was working in the undergrowth, on the unbounded tangle of a seemingly unruly vegetal world. Using a dark chamber requires some serenity, anticipating positioning and framing, complex manipulations. The dark chamber does not encourage movement. All around me I would hear sounds, I would be aware of the quivering of nature, the urgency of life. I could feel that all this vegetal and animal world and myself were going about our business, but in different time-lines. I am not a colourist, and when I picture, I picture in black and white. But it depends how a photograph is considered. Black and white offers a dissimilitude, maybe more fertile to the imagination, maybe more timeless. Whereas colour may add another language. In 2007, with Marie Combes, we were exploring the photographic medium, more than the actual image... We worked with a pin-hole camera on Polaroids. It was a weird experience, dealing with distance. Like when a landscape seen through the windscreen catches your attention, you stop and get out of the car, and the visual impression has gone... With a pin-hole camera it is not possible to organise layers of space in the image, or to know what colours will result from a random exposure time, the relative position of the sun, and the chemistry of the Polaroid. But most of all, we were perturbed by the long exposure, ten seconds to several minutes, we physically experienced this, knowing that during this time an image was coming to life, practically without any action on our part. It may be an intrinsic quality of photography to signify time, beyond what is shown.

Your work on the landscape gives food for some thought on time. In your pin-hole camera images and your videos you unfold the landscape. For Montromant, you filmed infinitesimal changes in light for over 3 hours. What experience of time does a landscape give you to see ?
Looking at a landscape is a complex process. The eye goes into the distance, lingers here and there, wanders away again, hovers over details. This movement between the eye and the brain, bridging gaps and discontinuities, creates the whole, the landscape. After the pin-hole camera experience, Marie and I wanted to see how time and duration relate. Technically, « Montromant » is a three hour photographic sequence, during which we took a photograph at irregular intervals. These digital images were edited using cross dissolve, projecting the landscape in a thirteen minute video where the duration of light variations are credible to the eye, although the actual time has been compressed. Cross dissolve shows images appearing-disappearing, deletion of an image so that the next one can take its place. It is indeed a way for the landscape to creep out of its folds by proximity with contemplation, to be and not to be there.

Your recent work is on soils. Landscapes and soils are very much linked. How did this shift come about? What material do you find there? What memories of the landscape are written into the soil ?
They say an image often contains the next one. I believe that beyond the pretext of the subject, the artist is there to show, to materialise something he is not aware of and that belongs to the medium, the shapes, the light. The series on soils in black and white gets rid of the distant, to try to find a landscape at a different scale. Here I again work with diptychs, maybe to remember they are only fragments, not to be misled by the false whole with its two perspectives. Sometimes there is a bad cut, a repetition of a part of a photo in the other, two identical details, but in a different moment, a few seconds before or after. Such accidents, such random occurrences, are very precious. There was also a certain frontal approach in the image. I tried to develop this by photographing the soils from above. But this did not work properly in black and white, and I had to work in colour by necessity, and for the first time I came to worry about colours. The soil is the living memory of places. It is the depositary of time, of our activities, of traces, it moves and changes shape, new sediments settle in. A machine will plough it around, lay down asphalt, things will disappear, we will forget, and the nit will all start over again. Soils are like a film that continually records prints, changes in light, the passage of time.

You also looked at the idea of ruins in the landscape. In particular in rural landscapes. What was the origin of this interest? Is it another aspect of your preoccupation with time?  
This is very difficult to answer. We had a project in this field, but i think it was too ambitious for us. We thought we could work on a subject that would go beyond the fashionable “ruinism”, aesthetising industrial ruins. We wanted to use a wonderful and moving text by Diderot on the feelings ruins evoked in him. This has been a failure, I think we did not leave enough to chance, we did not keep our minds open enough, we wanted to master the subject, to illustrate the text, in short too much prejudice and presumption.

To conclude, I would like to discuss how the landscape relates to the contemporary. Pour finir, j'aimerai qu'on aborde la question du contemporain dans le paysage. Agamben wrote : « Contemporary is he who is hit full in the face by the beam of darkness coming from his time ». What contemporary do you see in the landscapes you film or photograph ? 
The video scene is, I believe, more keen to explore and less embarrassed by market constraints than photography. Video creates a different language than cinema, in particular with respect to time. A different space also, where the frame loses power and bursts out of the screen. A video camera can be placed anywhere, and when it is placed on the body it becomes its extension. This is fascinating, it changes the outlook of the spectator, as well as his temporality. The spectator is no longer bound to the place assigned to him in Europe by perspective since the Renaissance. It seems to me that being a contemporary does not consist in filming or photographing our present, but in seeing the links between present and past, in being a transition, in becoming a bridge, but a bridge constanly and simultaneously made and unmade, not knowing where the other bank may be...


  Interview made on 26.03.2014
by Chloé Dragna.
 Translation by John Kingston Olliver

mardi 20 août 2013

Les fugitives I Marie Combes


Work in progress 
Les Fugitives. Detroit, taking a step, and then another. ©Marie Combes

Two image arrangements

exposition POP IT UP   du 8 juin au 29 septembre 2013
Les Tanneries, 234 rue des Ponts, 45200 Amilly, France

Entrée libre du vendredi au dimanche de 14h à 19h

Les Fugitives / Installation, Amilly, 
Diptyques / Les Tanneries, Amilly, 2013 / Packard Plant, Detroit 2012  

http://www.combesrenaud.com/mariecombes/les-fugitives/
 

vendredi 9 août 2013

Two image arrangements, Marie Combes

Diptyque 4-Z ©Marie Combes
Les Tanneries, Amilly, 2013 

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Diptyques / Les Tanneries, Amilly, 2013 / Packard Plant, Detroit 2012 
Les Fugitives / Installation

Two image arrangements I Marie Combes

"The image is, in my work, where the major process of elaboration takes place.

 Photography is a process of capture, a desire to seize fragments of reality. “Diptyques” is a sampling process in the continuous flow of images, striving to achieve a representation in many ways similar to an edited film.

The visual form of the work in “Diptyques” and “Fugitives” is the result of an approach that is really a construction process. During this process I explore how a fragment of image matter moves through the arrangement, leaving its trail, and how it roams, not quite at random, through the chaos of images."
Marie Combes, July 2013 

http://www.combesrenaud.com/mariecombes/les-fugitives/

Exposition POP IT UP  
du 8 juin au 29 septembre 2013
Les Tanneries, 234 rue des Ponts, 45200 Amilly, France

 
Entrée libre du vendredi au dimanche de 14h à 19h

mardi 30 juillet 2013

Retour sur les images de Detroit



Retour sur les images de Detroit  Il y a une sorte de délectation visuelle vers les ruines. Peut-être liée à la peinture ruiniste, au romantisme. La plupart des publications photographiques sur Detroit barbotent dans une esthétisation de la dégradation (ruin porn), dame nature qui reprend ses droits et autres documents visuels comme certificats d’exactitude. Extraites d’un contexte, soigneusement cadrées elles repoussent le hors cadre et s’installent dans le beau bien pensant. 

 Il suffit de voir le remarquable travail d’ A. Moore pour percevoir des approches (culturelles) différentes. Il n’y a pas de pathos dans son travail, des questions certes, mais toujours quelque chose en suspens, ce n’est pas une fin, mais un mouvement.  

A l’invitation de MODCaR à Detroit, Marie Combes ne s’est pas attachée particulièrement aux ruines mais au temps où une ville perd ses habitants. La démarche est liée à la situation du corps dans ces espaces urbains. Elle ne cadre pas avec les bords, mais en profondeur. Où est elle physiquement par rapport aux signes de la ville, aux passages piétons déserts, à la végétation qui s’installe ? Ces démarches demandent un certain courage, beaucoup pour bouleverser notre regard. 

Patrick Renaud, juillet 2013


Andrew Moore: Detroit Disassembled. (Editions Damiani)
Marie Combes: Les fugitives.